Un gibier bien aligné – Une nature morte de Juan Sanchez Cotan

Juan Sánchez Cotán est né à Orgaz le 25 juin 1560 et mort à Grenade le 8 septembre 1627. C’est un peintre espagnol du Siècle d’or. Le premier de son pays dont on conserve des natures mortes.

Les très rares natures mortes de Juan Sánchez Cotán sont d’une qualité exceptionnelle par leur dépouillement et la distribution rigoureuse dans l’espace des volumes et des ombres. Elles représentent généralement des denrées alimentaires banales dans des niches peu profondes dont les intérieurs sombres évoquent les garde-mangers des maisons espagnoles. Ici, les produits posés sur le rebord ainsi que les coings, choux et gibiers suspendus au-dessus apparaissent disposés dans une harmonie presque mathématique. 

Dans l’univers du tableau de Cotán, ces aliments servent d’intermédiaires entre le spectateur et l’espace noir qui occupe le centre de l’image. Cette très curieuse disposition est une allusion à deux sources de plaisir ; la chasse et la nourriture. Mais c’est aussi une réflexion mystique.  Car l’ouverture noire placée derrière ces plaisirs terrestres rappelle au spectateur que son temps terrestre est compté et qu’il doit aussi se préparer au passage dans l’au-delà.

L’artiste a réalisé cette peinture peu de temps avant qu’il n’entre en 1604 à la chartreuse de Grenade où il s’éteindra, aimé de tous et considéré comme un saint.

Pour en savoir plus : https://arthist.typepad.fr/artchasse_chasscrois/2022/03/gibier-bien-align%C3%A9.html

Nature morte au gibier à plumes – 1600/03 – Juan Sánchez Cotán (Espagnol, 1560–1627) – Art Institute, Chicago.

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Précieux lynx

Également nommé loup-cervier, le lynx était considéré autrefois comme un animal à la fois fabuleux et bien réel. Ce nom de loup-cervier vient de la croyance selon laquelle il s’attaquait aux cerfs. 

Un animal fabuleux

A la fin du Moyen-âge, on le définit comme une espèce de chat sauvage mais il apparait encore difficile à classifier. Gaston Phoebus écrit : « Il y a diverses espèces de chats sauvages ; il y en a qui sont grands comme des léopards, et on les appelle tantôt loups-cerviers, tantôt chats-loups. Il vaudrait mieux les appeler chats-léopards, car ils ont plus de traits communs avec le léopard qu’avec aucune autre bête. »

Victime de sa réputation d’animal sanguinaire, on chassait et piégeait le lynx pour sa fourrure mais aussi pour ses vertus médicinales. On rapportait en effet que les griffes du lynx, une fois réduites en cendres, diffusées par aspersion ou consommées dans une boisson étaient dotées de vertus aphrodisiaques. Quant à son urine, une fois émise, elle se cristallisait en pierres précieuses que l’animal s’empressait de recouvrir de terre afin de la soustraire à la convoitise humaine. Cette croyance citée dès l’Antiquité par Pline l’Ancien dans son Histoire naturelle se retrouvera dans les manuscrits médiévaux. Réalité ou simple rumeur ? Un début de réponse pour les plus crédules : il fallait probablement un œil de lynx pour les déterrer…

Lynx – 16ème siècle  – Joris Hoefnagel – National Gallery, Washington

Joris Hoefnagel (connu aussi sous le nom de Georg Hufnagel), né en 1542 à Anvers et mort le 9 septembre 1601 à Vienne (Autriche), est un enlumineur flamand. Il est connu pour ses illustrations de sujets d’histoire naturelle, de vues topographiques, d’enluminures et d’œuvres mythologiques. Il a été l’un des derniers enlumineurs de manuscrits.

Pour en savoir plus : Art et chasse par Anne Chevée (éditions du Gerfaut)

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Un lévrier plus renversant qu’il n’y parait

D’origine très ancienne, le lévrier d’Écosse est élevé pour chasser les cerfs en les renversant. Brave et puissant, ce chien fut spécifiquement conçu pour courser le cerf rouge des Highlands. Ce qui explique le nom que lui donne nos voisins britanniques. Deerhound, de l’anglais deer « cerf » et hound « chien de chasse ».

On l’utilise aussi pour la poursuite à vue sur leurre ou coursing (en anglais lure coursing). Lors de cette épreuve qui simule une chasse au lièvre avec obstacles, végétations et dénivelés, deux ou trois lévriers poursuivent un leurre sur un terrain naturel de 1 à 3 hectares. 

L’œuvre présentée est une étude du peintre anglais Edwin Henry Landseer. Sur le tableau final, le lévrier apparaît dans une pose similaire près de son maître, le duc de Gordon. L’artiste a représenté l’animal comme un membre de la famille à part entière et rien dans sa pose ne laisse deviner l’ardeur qu’il déploie lorsqu’il course le gibier. Une part de la grande notoriété acquise par ce peintre s’explique par les nombreux portraits de chasse qu’il composa pour l’aristocratie. Landseer exerçait aussi le métier de sculpteur ; on lui doit les lions en bronze qui ornent la base de la colonne Nelson à Trafalgar Square, au cœur de Londres.

Pour en savoir + : https://arthist.typepad.fr/artchasse_chasscrois/2022/01/un-levrier-renversant.html

Un chien de chasse – 1826 – Sir Edwin Henry Landseer (1802 – 1873) – Metropolitan museum, NYC

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Les félins du Rajah

Né à Boston et formé à Paris, Edwin Lord Weeks est le premier artiste américain connu à visiter l’Inde. Cette peinture représente les préparatifs d’une expédition de chasse aux félins dans un palais à Ajmer, au Rajasthan.

L’œuvre date probablement du voyage qu’il fit dans cette région du nord-ouest de l’Inde. Tandis que le rajah descend les marches pour rejoindre sa monture, deux félins attendent sagement le départ de la chasse. 

La chasse au guépard était alors considérée comme aussi noble que la fauconnerie. Bien précieux d’une grande valeur, ces animaux sauvages – compagnons des princes et des sultans – étaient dressés pour monter à cheval derrière le cavalier à la fois pour parader et pour être lancés sur le gibier au commandement du chasseur. 

Aujourd’hui ces prédateurs dont l’habitat ne cesse de reculer, s’aventurent régulièrement dans la ville de Bombay en quête de nourriture.

Le Rajah partant à la chasse – 1885 – Edwin Lord Weeks (1849-1903) – Metropolitan museum, NYC

Pour en savoir plus : https://arthist.typepad.fr/artchasse_chasscrois/2022/01/les-felins-du-rajah.html

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L’origine du lièvre à la royale

En 1661 le jeune Louis XIV annonça qu’il règnerait désormais par lui-même. Cette composition de Jan Fyt, peinte la même année, affiche un superbe lièvre, l’un des gibiers préférés du monarque. Vous découvrirez ici l’origine du lièvre à la royale.

 Un lièvre et des oiseaux – Jan Fyt (1611–1661) – Metropolitan Museum of art, NY

Doté d’un solide appétit, Louis XIV étonnait les curieux qui assistaient au « grand couvert« , repas public, symbole au quotidien du pouvoir. Le roi est capable d’engloutir « quatre assiettes pleines de soupes diverses, un faisan entier, une perdrix, une grande assiette de salade, deux grandes tranches de jambon, du mouton au jus et à l’ail, une assiette de pâtisserie, et puis encore du fruit et des œufs durs« . Le roi a aussi beaucoup souffert d’une mauvaise hygiène bucco-dentaire qui provoqua la perte de nombreuses dents.

Grand amateur de viande de lièvre, le roi devenu vieux et édenté, continua pourtant à la déguster grâce aux maitres queux du palais. Bien décidés à satisfaire le royal appétit, ils lui concoctèrent un plat qu’il n’avait plus à mâcher. Ce ragoût mitonnait durant des heures, poché dans un fumet relevé de vin. Servi quasiment liquide avec une sauce liée au sang de l’animal, il pouvait être savouré à la cuillère et devint célèbre sous le nom de Lièvre à la royale.

Pour en savoir plus : https://arthist.typepad.fr/artchasse_chasscrois/2021/12/messieurs-la-viande-du-roi.html

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Nature morte à la viande, au gibier et aux fruits d’Alexandre Desportes

L’hiver approchant avec sa cohorte de frimas, le gibier se cuisine et s’invite volontiers pour régaler les becs salés. En accord avec le calendrier, cette appétissante nature morte annonce avec un peu d’avance les agapes de fin d’année.  

On sait qu’Alexandre-François Desportes (1661-1743) accompagnait fréquemment Louis XV à la chasse, portant un petit carnet dans lequel il exécutait des croquis de gibier mort.  Au retour, le roi sélectionnait certaines esquisses que Desportes transformait en peintures, associant souvent le gibier avec des buffets spectaculaires et des pièces de service en argent. 

Dans cette composition, il a particulièrement soigné la mise en scène des faisans, tout de blanc  vêtus. Certains reposent sous des tranches de saindoux, d’autres forment une ronde que complètent harmonieusement des poires pleines et bulbeuses à l’avant du tableau et les oranges lumineuses de l’arrière-plan.

L’abondance de cette saisissante composition n’est pas due au hasard ; elle signalait implicitement la qualité de la table et la prospérité de son commanditaire. 

Nature morte au gibier, à la viande et aux fruits – 1734 – Alexandre-François Desportes – National Gallery, Washington

Pour en savoir plus : https://arthist.typepad.fr/artchasse_chasscrois/

La nature morte avec gibier a beaucoup intéressé les peintres des 18 §ème et 19ème siècles.

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Perdrix et érotisme. Un tableau de Lucas Cranach.

Saviez-vous que la perdrix avait été associée à l’érotisme et à la tentation ? En voici un exemple avec ce tableau de Lucas Cranach décrypté par Anne Chevée.

Associées à l’image d’une femme nue, les perdrix peintes sur ce tableau du 16e siècle donnent un sens érotique au sujet. La jeune fille allongée est identifiée comme l’une des compagnes de Diane au vu de l’arc et du carquois accrochés aux branches de l’arbre voisin. Mais la nonchalance qu’elle affiche est trompeuse. Car si les perdrix installées à ses pieds symbolisent l’égarement sexuel et invitent à la luxure ; l’inscription qui la surmonte met en garde les intrus. « Ne trouble pas le sommeil de la nymphe de la source sacrée ; je me repose. »

Allusion à peine voilée aux châtiments terribles que la déesse de la chasse et ses compagnes, les nymphes, peuvent exercer à l’encontre de ceux qui perturbent leur intimité.

La nymphe de la source – 1545-1550 – Lucas Cranach le jeune – Courtesy of Metropolitan Museum of New York, USEn savoir + : https://arthist.typepad.fr/artchasse_chasscrois/

Anne Chevée est diplômée d’iconographie médiévale à l’université Paris Sorbonne et diplômée de l’École du Louvre en histoire des arts et muséologie. Elle est auteur d’un ouvrage superbe « Art et chasse » aux éditions du Gerfaut.

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Dürer et la chasse d’Eustache. Une superbe gravure.

Cette grande gravure de Dürer représente le moment de la conversion d’un général romain nommé Placidus. Pendant la chasse, Placidus voit un crucifix apparaître miraculeusement entre les bois d’un cerf qui s’adresse à lui avec la voix du Christ.

Tombant de son cheval, Placidus se convertit et prend le nom chrétien d’Eustache. Représentés avec une grande minutie, les chiens se sont immobilisés, indifférents à la scène qui se déroule derrière eux.                                                                                

Attentif aux détails vestimentaires, Albrecht Dürer ne représente cependant pas Placidus en général de l’armée romaine. Plutôt qu’une tenue antique, il choisit de le vêtir de manière contemporaine et donne ainsi à voir la tenue d’un chasseur au début du 16e siècle.

Cette estampe – très admirée – témoigne de l’extraordinaire virtuosité du dessin de Dürer ; animaux et éléments du paysage servirent à plusieurs reprises de modèles aux artistes du siècle suivant.  Albrecht Dürer était en mesure de restituer le monde animal et végétal avec une fidélité digne d’un naturaliste, qualité rare chez les artistes de l’époque.

Pour en savoir + : https://arthist.typepad.fr/artchasse_chasscrois/

Le cerf a toujours inspiré les artistes, voir par exemple L’autre monarques des Highlands.

L’autre monarque des Highland

Frank W. Benson, un peintre et chasseur américain

Frank W. Benson est connu pour ses aquarelles et ses eaux-fortes d’oiseaux sauvages. Il était chasseur et a voulu transcrire ses chasses en peinture avec un style à mi-chemin entre l’impressionnisme et le naturalisme. Il nous laisse de belles scènes de chasse au gibier d’eau.

Né le 24 mars 1862 à Salem (Massachusetts) et mort le 15 novembre 1951 dans la même ville, il est un peintre, aquarelliste et graveur impressionniste américain. En 1880 il étudie les arts plastiques à la School of the museum of fine arts à Boston avec Otto Grundmann et en 1883 part en France pour suivre les cours de l’Académie Julian. Il commence sa carrière de peintre en fixant sur la toile des portraits de famille de la haute société de la côte Est et des peintures murales pour la Bibliothèque du Congrès.

Scènes de chasse par Frank W. Benson
Échassiers par Frank W. Benson

L’autre monarque des Highlands

Animal symbole de l’Écosse, le cerf a inspiré de nombreux artistes dont le peintre anglais Sir Edward Landseer. Voici une de ses oeuvres les plus poignantes.

Au 19e siècle, la passion de l’aristocratie britannique pour la chasse au cerf dans les Highlands entraina l’aménagement de domaines et la prolifération des cervidés dans cette région d’Écosse. L’expression deer forests désignait ainsi des terres appartenant à l’aristocratie écossaise mais vidées de leurs populations pour être louées par l’aristocratie britannique afin d’y chasser le cerf.

Le peintre anglais Sir Edward Landseer découvrit la région en 1824 sous l’influence des romans de Walter Scott. Devenu une personnalité importante de la société victorienne, invité à Balmoral, il composa plusieurs peintures pour la reine dont le célèbre Monarch of the Glen, portrait d’un splendide cerf dressé sur un fond montagneux incarnant l’Écosse britannique.

Sur cette autre œuvre de Landseer, la chasse est évoquée par la mise en scène de l’animal. Couché sur le flanc, langue pendante et fourrure rougie, le cerf mortellement blessé jette un regard poignant qui amplifie le pathétique du moment.

Cerf mourant  – 1830 – Sir Edward Landseer – Metropolitan Museum of Art, NY

Très appréciées sous l’ère victorienne, les multiples peintures de cerfs ont largement contribué à élaborer une mémoire collective partagée par l’Écosse et la monarchie britannique. Cette mémoire mise en place au 19e siècle a perduré et le cerf est toujours considéré comme l’un des emblèmes principaux de l’Écosse.

Pour en savoir + : https://arthist.typepad.fr/artchasse_chasscrois/