Précieux lynx

Également nommé loup-cervier, le lynx était considéré autrefois comme un animal à la fois fabuleux et bien réel. Ce nom de loup-cervier vient de la croyance selon laquelle il s’attaquait aux cerfs. 

Un animal fabuleux

A la fin du Moyen-âge, on le définit comme une espèce de chat sauvage mais il apparait encore difficile à classifier. Gaston Phoebus écrit : « Il y a diverses espèces de chats sauvages ; il y en a qui sont grands comme des léopards, et on les appelle tantôt loups-cerviers, tantôt chats-loups. Il vaudrait mieux les appeler chats-léopards, car ils ont plus de traits communs avec le léopard qu’avec aucune autre bête. »

Victime de sa réputation d’animal sanguinaire, on chassait et piégeait le lynx pour sa fourrure mais aussi pour ses vertus médicinales. On rapportait en effet que les griffes du lynx, une fois réduites en cendres, diffusées par aspersion ou consommées dans une boisson étaient dotées de vertus aphrodisiaques. Quant à son urine, une fois émise, elle se cristallisait en pierres précieuses que l’animal s’empressait de recouvrir de terre afin de la soustraire à la convoitise humaine. Cette croyance citée dès l’Antiquité par Pline l’Ancien dans son Histoire naturelle se retrouvera dans les manuscrits médiévaux. Réalité ou simple rumeur ? Un début de réponse pour les plus crédules : il fallait probablement un œil de lynx pour les déterrer…

Lynx – 16ème siècle  – Joris Hoefnagel – National Gallery, Washington

Joris Hoefnagel (connu aussi sous le nom de Georg Hufnagel), né en 1542 à Anvers et mort le 9 septembre 1601 à Vienne (Autriche), est un enlumineur flamand. Il est connu pour ses illustrations de sujets d’histoire naturelle, de vues topographiques, d’enluminures et d’œuvres mythologiques. Il a été l’un des derniers enlumineurs de manuscrits.

Pour en savoir plus : Art et chasse par Anne Chevée (éditions du Gerfaut)

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Une épée de chasse richement décorée

Ce sont les orfèvres Emmanuel Pioté et Jacob H. Köchert qui ont réalisé cette épée de chasse richement décorée. pour l’un des comtes Hoyos-Sprinzenstein dont les armoiries figurent sur le cabochon émaillé recouvrant le pommeau à tête de lion. 

Des armes de chasse et de collection

C’est à partir du 15e siècle que la fabrication d’armes à usage cynégétique se répand en Europe. Auparavant, les épées et autres épieux étaient utilisés alternativement pour la guerre comme pour la chasse. Parmi les armes très appréciées, de longues épées de chasse employées notamment par le veneur pour servir les sangliers font leur apparition. Ces armes blanches se caractérisent par une barre de fer émoussée qui minimisait les risques de blessure chez les chiens et les chevaux. Seule la pointe, souvent élargie et renforcée, était aiguisée.  

Orfèvre d’origine française, Emmanuel Pioté ouvrit son atelier à Vienne en 1814. C’est un moment propice pour les artisans de la capitale autrichienne. En effet, cette même année débuta le fameux congrès de Vienne qui vit affluer dans la cité tous les représentants des états européens. Malgré un contexte politique houleux, de nombreux participants, emportés par le tourbillon des fêtes, profitèrent de cette opportunité pour faire revivre l’art de vivre de l’aristocratie au 18e siècle.  

Épée de chasse – Emmanuel Pioté et Jacob H. Köchert – acier, or, émail, agate, bois, cuir –  Metropolitan Museum of Art, NY

—> Pour en savoir plus : https://arthist.typepad.fr/artchasse_chasscrois/

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Perdrix et érotisme. Un tableau de Lucas Cranach.

Saviez-vous que la perdrix avait été associée à l’érotisme et à la tentation ? En voici un exemple avec ce tableau de Lucas Cranach décrypté par Anne Chevée.

Associées à l’image d’une femme nue, les perdrix peintes sur ce tableau du 16e siècle donnent un sens érotique au sujet. La jeune fille allongée est identifiée comme l’une des compagnes de Diane au vu de l’arc et du carquois accrochés aux branches de l’arbre voisin. Mais la nonchalance qu’elle affiche est trompeuse. Car si les perdrix installées à ses pieds symbolisent l’égarement sexuel et invitent à la luxure ; l’inscription qui la surmonte met en garde les intrus. « Ne trouble pas le sommeil de la nymphe de la source sacrée ; je me repose. »

Allusion à peine voilée aux châtiments terribles que la déesse de la chasse et ses compagnes, les nymphes, peuvent exercer à l’encontre de ceux qui perturbent leur intimité.

La nymphe de la source – 1545-1550 – Lucas Cranach le jeune – Courtesy of Metropolitan Museum of New York, USEn savoir + : https://arthist.typepad.fr/artchasse_chasscrois/

Anne Chevée est diplômée d’iconographie médiévale à l’université Paris Sorbonne et diplômée de l’École du Louvre en histoire des arts et muséologie. Elle est auteur d’un ouvrage superbe « Art et chasse » aux éditions du Gerfaut.

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Dürer et la chasse d’Eustache. Une superbe gravure.

Cette grande gravure de Dürer représente le moment de la conversion d’un général romain nommé Placidus. Pendant la chasse, Placidus voit un crucifix apparaître miraculeusement entre les bois d’un cerf qui s’adresse à lui avec la voix du Christ.

Tombant de son cheval, Placidus se convertit et prend le nom chrétien d’Eustache. Représentés avec une grande minutie, les chiens se sont immobilisés, indifférents à la scène qui se déroule derrière eux.                                                                                

Attentif aux détails vestimentaires, Albrecht Dürer ne représente cependant pas Placidus en général de l’armée romaine. Plutôt qu’une tenue antique, il choisit de le vêtir de manière contemporaine et donne ainsi à voir la tenue d’un chasseur au début du 16e siècle.

Cette estampe – très admirée – témoigne de l’extraordinaire virtuosité du dessin de Dürer ; animaux et éléments du paysage servirent à plusieurs reprises de modèles aux artistes du siècle suivant.  Albrecht Dürer était en mesure de restituer le monde animal et végétal avec une fidélité digne d’un naturaliste, qualité rare chez les artistes de l’époque.

Pour en savoir + : https://arthist.typepad.fr/artchasse_chasscrois/

Le cerf a toujours inspiré les artistes, voir par exemple L’autre monarques des Highlands.

L’autre monarque des Highland

Une pâte et des ailes

Honneur au pâté en croûte, met de choix et maître des tables aristocratiques dès le Moyen-Âge. Grand classique du répertoire culinaire, cette composition culinaire complexe se reconnaît à son imposante pâte dorée, gardienne d’un temple protégeant des préparations très diverses.
Souvent associé au gibier, le pâté s’accompagne parfois d’une véritable mise en scène et devient la vedette des tables les plus raffinées. Plumes de faisan ou de paon reconstituent des volatiles tout autant appréciés pour leurs qualités esthétiques que pour la finesse de leur chair.
Arborant un magnifique panache de plumes, le beau pâté du peintre hollandais Pieter Claesz rivalise d’élégance avec les autres plats sur cette appétissante nature morte du 17ème siècle.

Pieter Claesz – Nature morte – 1627 – Courtesy of National Gallery – Washington

En savoir + (dont la recette actualisée du pâté de Chartres) : https://arthist.typepad.fr/artchasse_chasscrois/

Chasseur, peintre et beau parleur

Chasseur émérite, Gustave Courbet a peint de nombreuses scènes qui témoignent de sa passion pour l’exercice cynégétique.

En 1858, le peintre est à Francfort et participe à de grandes chasses à l’allemande. C’est probablement au retour de ce séjour qu’il compose cette toile aux vifs coloris mettant en scène l’abondance du gibier à l’issue d’une chasse à courre.

Volontiers généreux dans sa peinture, Courbet l’est aussi dans ses récits de chasse dont il relate sans modestie les détails à sa sœur « j’ai tué à la chasse dans les montagnes d’Allemagne un cerf énorme, un 12 cors, c’est-à-dire un cerf de 13 ans. C’est le plus grand que l’on ait tué en Allemagne depuis 25 ans […] C’est une histoire splendide. Toute la ville a été sur pied pendant un mois, les journaux s’en sont mêlés. »

Après la chasse – vers 1859 – Gustave Courbet – Courtesy of Metropolitan Museum of Art, NY

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Hercule et le sanglier d’Arcadie.

Par Anne Chevée

Les chasses des héros antiques ne sont pas de simples sorties sportives. Médiateurs entre les hommes et les divinités, ces êtres d’exception dotés d’une stature et d’une force extraordinaires sont considérés comme les protecteurs de la communauté car – comme Héraclès – ils peuvent éradiquer les monstres qui dévastent la terre.

Confronté à un sanglier exceptionnel, Hercule/Héraclès use de ses talents de chasseur pour capturer cet animal d’une force peu commune qui terrifiait les habitants du mont Érymanthe en Arcadie. 

Ce relief en marbre, probablement destiné au décor d’un temple, met en scène le chasseur victorieux et symbolise ainsi la supériorité de la civilisation sur le monde primitif des bêtes sauvages.

Le bas-relief complet
Détail

Relief en marbre avec Héraclès portant le sanglier d’Erymanthe – 27 avant J.C. – 68 après J.C. – Metropolitan Museum of Art, NY

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Plaisirs partagés

Par Anne Chevée.

Esquisse d’un tableau destiné à la salle à manger des appartements de Louis XV à Fontainebleau, cette étude du peintre Van Loo traite avec bonheur du quotidien de la noblesse. Les collations servies durant les chasses jouent alors un rôle important en matière de divertissement et de sociabilité. A cette occasion, les femmes rejoignent les chasseurs et les convives se livrent à des échanges dont on devine le plaisir partagé.

Durant le règne de Louis XV, la cour venait régulièrement, en automne, s’installer dans cette demeure royale environnée par une forêt giboyeuse. C’est d’ailleurs à Fontainebleau que la famille royale fêtait la Saint-Hubert. A l’issue des journées de chasse, les familiers du roi étaient conviés à souper dans ses cabinets du rez-de-chaussée, ornés de tableaux illustrant les plaisirs de la chasse.

Halte de chasse – Carle Van Loo – 1737 – Metropolitan Museum of Art, NY, US

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