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Condamnation exemplaire pour les braconniers de la Creuse

La « Bande à Doudou » a  écumé les bois du pays de Bourganeuf (Creuse) à la lueur des phares durant l’été 2013. Ces Tartarins creusois recherchaient les beaux trophées de cervidés. Mais la nuit, tous les lapins sont gris, surtout quand le tireur l’est aussi. Au tribunal correctionnel de Guéret, la chasse sauvage peut coûter très cher…

La fédération des chasseurs de la Creuse leur a fait une ristourne sur les lapins. C’est peut-être qu’un lapin n’a pas de prix. Un cerf, si : 1.700 euros (tarif national).

Les cinq prévenus ne sont pas du genre à cotiser à une ACCA (association communale de chasse agréée) et à acheter des bracelets pour le gros gibier. Jeudi, quatre d’entre eux (le cinquième, simple suiveur, a été relaxé) n’ont pas pris la peine de se présenter au tribunal correctionnel. « Les faits remontent à trois ans, ils sont passés à autre chose », a tenté l’un des avocats de la défense, Maître Philippe Lefaure. Les prévenus seront néanmoins informés incessamment que la « chasse sauvage » n’est pas gratuite.

Quatre braconniers devront payer plus de 12.000 euros

Le jugement du tribunal guérétois a fait droit aux demandes de dommages et intérêts formulées par la fédération, par les ACCA de Saint-Dizier-Leyrenne et de Saint-Martin-Chateau et par L’Association pour la protection des animaux sauvages. Pour des cerfs, des daims, des chevreuils tués et pour les frais judiciaires engagés, la facture a grimpé très vite : plus de 12.000 euros répartis sur quatre têtes en fonction des responsabilités des uns et des autres et des autres établies par le tribunal .

Les revenus de ces quatre jeunes braconniers, qui résident dans la région de Bourganeuf, vont être plombés dans les prochaines années. Deux d’entre eux présentent un casier judiciaire bien plus lourd que leur CV. Et qui va s’alourdir encore : neuf mois de prison ferme pour le plus « expérimenté », déjà condamné pour des faits similaires en 2010 et en état de récidive légale. Quatre mois pour un autre « tireur », bon client du tribunal de Guéret, dont le procureur Sébastien Farges a pointé le goût pour la « violence gratuite ».

La présidente Nathalie Courtois et ses assesseurs ont suivi les réquisitions du ministère public. Le chauffeur de ces équipées sauvages et un braconnier plus occasionnel ont été condamnés à des peines d’emprisonnement avec sursis. Maître Muriel Nouguès, qui défendait les intérêts des institutions cynégétiques avec son confrère Maître Xavier Touraille, a salué « le beau coup de filet réalisé conjointement par la gendarmes de Bourganeuf et par les agents de l’office national de la faune sauvage ».

Le très forestier pays de Bourganeuf, où se réinstallent peu à peu les grands cervidés, est régulièrement le théâtre d’affaires de braconnage.

«Ils tirent sur n’importe quoi, c’est le plaisir de tuer ».

SÉBASTIEN FARGES (Procureur de la République)

Au cours de cet été 2013, c’est donc la « Bande à Doudou » qui courait nuitamment la contrée.

Il s’agit de jeunes âgés d’une vingtaine d’années, qui sont donc moins assommés par le travail, comme l’a décrit le seul prévenu présent (car actuellement incarcéré pour d’autres faits ), que par des alcools forts : « On prenait un apéritif, et il y en a un qui a dit qu’on pourrait aller chasser et il a décroché un fusil du ratelier ».




La Creuse est peut-être chiche en distractions nocturnes, mais comme l’ont révélé les parties civiles, ces virées avaient aussi des motivations vénales : un beau trophée de cerf se négocie plusieurs milliers d’euros. Maître Touraille a même parlé de « professionnalisme ». Les dépositions des protagonistes ne vont toutefois pas dans le sens de la reconnaissance d’une certaine « qualification » dans la chasse clandestine. La « bande à Doudou » est plutôt du genre à canarder à tout va, avec de la chevrotine (munition prohibée) et des armes non déclarées.

Le noyau dur est composé d’une fratrie. Une frangine joue les lampistes. Elle éblouit le gibier, tandis que les gars tirent au jugé : « Sur n’importe quoi, c’est le plaisir de tuer », gronde le procureur, qui cite le cas de grands animaux blessés, qui, après des heures d’agonie, sont retrouvés gisant par des agriculteurs dans des prés. Il y a aussi ces daims tirés à travers la clôture d’un parc.

Partie de chasse à proximité d’un village

Dans le garage de « Doudou », les enquêteurs retrouveront des trophées, du sang, du poil, témoignant de récentes séquences de dépeçage. « Une usine à viande » a défini Sébastien Farges. Les nuits où pas un cerf ne montre le bout du museau, les phares éclairent des champs et débusquent « tout ce qui bouge ». La présidente Nathalie Courtois a décrit une scène de chasse qui s’est déroulée à proximité immédiate d’un village : « Des lièvres, des lapins et même des chats ont été tués ». La nuit, tous les lapins sont gris. Chez ces Tartarins creusois, c’est à qui détiendrait le plus beau trophée, à qui ferait le plus beau tableau. Le plus fort,  c’était « Doudou » et c’est lui qui a aussi décroché la timbale pénale. Une nuit, l’une de ces fines gâchettes a posé une arme chargée de chevrotine contre la portière de la voiture, le canon a glissé, le coup est parti. Heureusement, sur ce coup-là, personne n’avait bougé.

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