Le fuligule milouin. Un beau canard au statut préoccupant.

Il a fait la réputation de la Dombes mais aussi de la Brenne et de la Sologne. Canard plongeur et migrateur, le fuligule milouin contribue chaque année à une grande part des prélèvements de gibier d’eau en France. Appelé localement « Rougeot », il porte selon les terroirs un surnom différent. Zoom sur cet anatidé aux couleurs atypiques et au vol caractéristique.

Le fuligule milouin ou Aythya ferina, un canard passionnant

Plus petit que le colvert, le rougeot est un canard trapu et rustique. En plumage nuptial, les mâles présentent une tête brun-roux, un bec noir avec un trait distal gris clair. L’œil est quant à lui rouge, la poitrine noire, les flancs et le dos gris cendré clair, pouvant paraître presque blanchâtres en pleine lumière. L’arrière est noir. Ces contrastes permettent de reconnaître cet oiseau facilement. Comme chez beaucoup d’anatidés, la femelle est moins colorée. Elle a des flancs et un dos grisâtres, une poitrine, une calotte et un cou brunâtres plus foncés. Ainsi, chez cette espèce, il est facile de distinguer mâle et femelle. Son chant est lui aussi particulier, en effet les milouins émettent des grognements rauques typiques de l’espèce.

Habitat et alimentation

C’est un des canards plongeurs les plus communs en Europe. En France, 60 000 milouins hivernent mais il n’en reste plus que 5000 environ pour nicher au printemps. La Dombes, le Forez, la Brenne, la Sologne sont des secteurs favorables pour la nidification et les pauses migratoires. Le fuligule milouin fréquente les marais, les étangs et les cours d’eau calmes. Canard plongeur, il a besoin que les points d’eau lui apportent tout se dont il a besoin d’un point de vue alimentaire. Son aire de répartition se situe de l’Eurasie jusqu’au Lac Baïkal.

Le rougeot se nourrit principalement de graines, de racines, de feuilles, de bourgeons de plantes aquatiques, etc… En plongeant, il capture également des mollusques, des crustacés, des vers et des larves. Il préfère se nourrir en eau claire, entre 1 mètre et 3,50 mètres.

Comportement du fuligule milouin

Au printemps, les rougeots repartent vers le Nord ou vers l’Est en direction des zones de nidification. Chez nous, l’espèce se localise en Dombes, dans le Forez, la Brenne, la Sologne . La saison de reproduction dure d’avril à juin. Après l’accouplement, le mâle reste en compagnie de la femelle jusqu’à ce qu’elle ait pondu. Le nid est placé dans la végétation riveraine et accueille entre 5 et 12 oeufs dont l’incubation dure 27 jours en moyenne. Les canetons sont nidifuges et restent auprès de la femelle durant 8 semaines.

C’est un canard grégaire, il passe la plupart de l’année en groupe. De grandes troupes comptant jusqu’à 500 membres se forment souvent en hiver. Le milouin s’associe volontiers à d’autres canards, surtout les fuligules morillons ou milouinans. Il n’aime guère voler et préfère plonger pour fuir le danger. Celà n’est pas surprenant car il doit, pour s’envoler, prendre son élan en courant à la surface de l’eau tout en battant énergiquement des ailes. Cependant, une fois en l’air, le milouin progresse d’un vol rapide et direct, en adoptant souvent une formation en ‘V’.

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Les trois voies de migration du fuligule milouin dans le Paléarctique occidental d’après Scott & Rose (1996), et la localisation des sites de baguage (rouge) et de reprises (bleu) des individus bagués entre 1960 et 2016 dans la voie de migration nord-ouest européenne (cercles proportionnels au nombre d’individus). – Faune sauvage n°322

Nidification et mesures de gestion

Aujourd’hui avec la modification des zones humides ainsi que l’augmentation des dérangements liés à l’activité humaine, le rougeot, a de plus en plus de problèmes pour sa reproduction. Son abondance entre novembre et février ne reflète pas la brutale réalité de la condition des oiseaux qui se reproduisent sur le territoire national. Afin d’améliorer les populations ainsi que ses conditions d’hivernage et de reproduction voici quelques propositions de gestion.

En période d’hivernage, il serait nécessaire de maintenir des zones humides assurant de bonnes conditions à la fois d’alimentation et de repos. La conservation/restauration des habitats de nidification qui passe aussi par une maîtrise de la qualité de l’eau, doit en plus s’accompagner de mesures en faveur de la végétation riveraine et éventuellement par la conservation ou la création d’îlots. En effet, l’agriculture et la mise en « assec » des étangs ne jouent pas en faveur de l’espèce. La pisciculture intensive est aussi un frein à la conservation de l’espèce. Il est donc judicieux de trouver l’équilibre pour permettre à cette espèce de retrouver son état d’antan.

Il est important aussi de travailler avec les associations de chasse de gibier d’eau locales. En effet, fournir des ailes et faire de la lecture d’ailes permet à ces groupes scientifiques amateurs d’emmagasiner des connaissances pour mieux gérer et protéger l’espèce.

—> A lire aussi : Statut, distribution et fonctionnement démographique des populations de fuligule milouin (Faune sauvage n°322)

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