A quand une filière venaison en France ?

Les tableaux de chasse grand gibier sont impressionnants (800 000 sangliers, 580 000 chevreuils…). Comment se fait-il que presque 80% de la venaison commercialisée soit importée ? Valoriser la venaison valorisera la chasse. Il faut pour cela structurer une filière venaison.

Un rapport montre l’urgence de structurer une filière venaison en France

« C’est un enjeu majeur de légitimation de la chasse française, donc de son avenir. »

Rapport CGAAER

Le conseil général de l’agriculture, de l’alimentation et des espaces ruraux (CGAAER) vient de rendre un rapport intéressant à propos de la venaison et de sa commercialisation en France. Le constat est clair, il faut changer notre mode de traitement de la venaison. 63% des français se disent prêts à consommer du gibier mais 90% du gibier est utilisé en auto-consommation. Seuls 5% des cervidés et sangliers chassés en France sont commercialisés. Les prélèvements annuels à la chasse sont à peu près de 1,5 million pour le grand gibier et de 30 millions pour le petit gibier. Ce qui équivaut respectivement à 17 000 tonnes et 9500 tonnes.

Lire : Rapport CGAAER (ministère del’agriculture)

Le rapport pointe l’opacité des chiffres concernant l’auto-consommation qui ne serait en fait que de 50%. Le reste approvisionnerait des circuits courts parfois douteux qui impliqueraient des professionnels en contravention aux règles sanitaires.

De surcroit, il devient important de susciter l’intérêt des français pour cette viande saine et gouteuse. Il faut pour cela modifier tout un système. C’est une évolution indispensable mais difficile car le sujet de la venaison est traité par deux ministères différents et l’administration n’a de cesse que d’inventer de nouvelles règles de plus en plus restrictives. La direction générale de l’alimentation a diffusé une instruction technique en 2019 précisant que les animaux touchés à la panse ne pouvaient plus être commercialisés. Cette instruction précise aussi qu’il est interdit de doucher les carcasses … Des entraves supplémentaires à la commercialisation.

Des modifications importantes à envisager

Le CGAAER formule plusieurs recommandations pour valoriser la venaison et donc la chasse. Certaines concernent la filière professionnelle et ne sont donc pas de notre ressort. mais le rapport souligne l’importance de la production primaire, c’est à dire la collecte du gibier par le chasseur. Si celle-ci est mal faite, le gibier ne pourra entrer dans le circuit commercial. La filière venaison commence par le chasseur et son gibier.

Mieux gérer la production primaire

Abandonner les munitions au plomb à brève échéance.

95% des munitions utilisées à la chasse actuellement comportent du plomb. Or, les résidus de plomb contenus dans les carcasses sont paraît-il préjudiciables à la santé selon l’agence nationale de sécurité sanitaire (ANSES). Il faudrait s’orienter vers des munitions à base de cuivre. Cela fera sauter une des réticences des agences sanitaires. Cela permettrait peut-être aussi à certaines marques françaises de mieux concurrencer les marques étrangères qui font 95% du marché des munitions d’armes à canons rayés.

Rédiger et diffuser un guide des bonnes pratiques d’hygiène.

Chaque chasseur connaitra ainsi les bons gestes pour valoriser son gibier. Le rapport du CGAAER souligne que : « Chaque chasseur doit prendre conscience qu’il est porteur d’une capacité́ de valorisation faible et de dévalorisation considérable, dès lors que le gibier prélevé́ ne serait pas acheminé dans les meilleures conditions possibles vers les différentes modalités de consommation.« 

Augmenter le nombre de chambres froides et de points de collecte

Peu de sociétés de chasse en sont équipées et toutes ne sont pas aux normes. Cela vaut pour les circuits courts mais aussi pour l’embryon de filière existante que l’on peut qualifier de circuit long. Voici deux cartes qui sont parlantes :

Carte de France des ateliers agréés

Sur le même sujet :

—> Bilan des prélèvements de grand gibier pour la saison 2020-2021