Arrivés avec l’homme, les rats ont colonisé de nombreuses îles de la côte atlantique, au détriment des oiseaux marins qui y nichent. Depuis 1994, des opérations d’éradication des rats sur les îles de Bretagne et des départements voisins ont été menées. Une étude publiée par le Muséum national d’histoire naturelle en fait le bilan : ce qui marche, ce qui échoue, et pourquoi.
De quelle étude s’agit-il ?
L’article est paru le 28 janvier 2026 dans Naturae, la revue du Muséum national d’histoire naturelle (MNHN). Signé par une vingtaine d’auteurs, dont Olivier Lorvelec, premier auteur, il réunit des chercheurs de l’INRAE, de l’Office français de la biodiversité (OFB), du MNHN, du CNRS et d’universités bretonnes, des gestionnaires comme le Conservatoire du littoral et Bretagne Vivante, et des opérateurs spécialisés.
Il passe en revue les opérations menées sur des îles et îlots de six départements : Loire-Atlantique, Morbihan, Finistère, Côtes-d’Armor, Ille-et-Vilaine et Manche. Les cibles : surtout le rat surmulot et le rat noir, plus ponctuellement le furet et le vison d’Amérique.
Comment se déroule l’éradication des rats sur les îles, en Bretagne comme ailleurs ?
Deux méthodes se sont succédé, détaille l’étude :
- de 1994 à 2010, un piégeage avec des pièges non vulnérants, qui capturent l’animal sans le blesser, suivi d’une phase de lutte chimique avec des appâts anticoagulants ;
- depuis 2016, la lutte chimique seule, avec des appâts.
Les chiffres montrent l’efficacité des deux protocoles : avec le premier, 95 % des rats piégés l’étaient en moyenne au bout de onze jours ; avec le second, 95 % des appâts consommés l’étaient au bout de dix-sept jours. Les auteurs recommandent désormais le second, plus simple à organiser sur une île.
Quels résultats, et pourquoi certains échecs ?
Sur les 18 opérations dont le résultat est connu, 13 sont des réussites. Les échecs ont deux causes principales :
- une recolonisation par l’estran, la zone découverte à marée basse, que les rats peuvent traverser depuis une île voisine ou la côte, faute de mesures de biosécurité suffisantes ;
- un protocole qui n’a pas pu être appliqué jusqu’au bout, pour des raisons logistiques ou à cause de dérangements humains.
La leçon est claire : éliminer les rats ne suffit pas, il faut ensuite empêcher leur retour par une surveillance continue.
Qu’y gagne la faune des îles ?
Les rats s’attaquent aux œufs et aux poussins d’oiseaux qui nichent au sol ou dans des terriers : océanite tempête, puffin des Anglais, macareux moine, sternes, gravelots ou huîtrier pie, cite l’étude.
Le bénéfice le mieux mesuré concerne les petits mammifères. Une étude publiée en 2005 dans la revue Diversity and Distributions a suivi les musaraignes de cinq îles après l’éradication du rat surmulot : dix ans plus tard, la crocidure des jardins y était nettement plus abondante, et la crocidure musette avait fortement progressé sur une île en un à deux ans. Le bilan de Naturae évoque des indices multipliés par 7 à 25 selon les îles pour la première.
Ce que cette étude dit aux piégeurs et aux chasseurs
Le contrôle des espèces introduites est un savoir-faire de terrain, fondé sur des protocoles précis et mesurés. C’est le même esprit qui guide les suivis menés par les fédérations, comme le baguage de la caille des blés : des méthodes publiées, des résultats chiffrés, et un retour d’expérience partagé. D’autres travaux sont présentés dans notre rubrique consacrée aux suivis scientifiques. Toute l’actualité de l’OFB est sur notre page OFB.
- Étude publiée dans Naturae (MNHN) le 28 janvier 2026 sur trente ans d’éradication de prédateurs introduits sur les îles atlantiques.
- 13 réussites sur 18 opérations au résultat connu ; principal risque d’échec : la recolonisation par l’estran.
- Après l’éradication du rat, les musaraignes et les oiseaux nicheurs reprennent leur place.
Sources
- MNHN, Naturae 2026 (2) — Lorvelec O. et al., « Opérations d’éradication de prédateurs mammaliens introduits sur des îles françaises de la façade atlantique européenne » — 28 janvier 2026 — sciencepress.mnhn.fr
- Initiative PIM — version PDF de l’article de Naturae — janvier 2026 — initiative-pim.org (PDF)
- Diversity and Distributions — Pascal M. et al., « A pleasing consequence of Norway rat eradication: two shrew species recover », synthèse Conservation Evidence — 2005 — conservationevidencejournal.com












