Un petit organe de l’œil, le cristallin, permet de savoir si un lièvre prélevé est un jeune de l’année ou un adulte. En Isère, la fédération des chasseurs l’analyse depuis vingt ans. Ses résultats montrent une population qui vieillit et des naissances plus précoces.
- Isère : la part de jeunes lièvres est passée de 60 % (années 2000) à 40 % ; la moitié des adultes a plus de 2 ans.
- Le pic des naissances s’est avancé de la mi-juin à la fin mai.
- Méthode de référence : la pesée du cristallin, séché puis pesé au milligramme.
Que montrent vingt ans d’analyses en Isère ?
Les résultats ont été présentés lors des tables rondes de l’assemblée générale 2026 de la Fédération départementale des chasseurs de l’Isère (FDC38), rapporte la fédération :
- dans les années 2000, les tableaux comptaient 60 % de jeunes et 40 % d’adultes ; aujourd’hui, c’est l’inverse : 40 % de jeunes, 60 % d’adultes ;
- parmi les adultes, la moitié a plus de deux ans ;
- le pic des naissances s’est avancé de la mi-juin à la fin mai.
Une part de jeunes plus faible dans les prélèvements signifie, en général, une reproduction moins productive ou une survie des levrauts plus faible. C’est un signal à suivre dans la durée.
Comment l’âge se lit-il dans l’œil ?
Le cristallin, la lentille de l’œil, grossit tout au long de la vie de l’animal, mais beaucoup plus lentement une fois l’âge adulte atteint. Son poids sert donc d’indicateur de l’âge, explique un article de la revue Faune sauvage de l’ONCFS, devenu OFB. C’est la méthode de référence. Concrètement :
- l’œil est prélevé et conservé plusieurs semaines dans du formol dilué, qui durcit le cristallin ;
- le cristallin est extrait, séché 48 heures à 100 °C, puis pesé au milligramme près ;
- son poids est comparé à une courbe de référence, qui classe l’animal en jeune ou adulte et permet aussi d’estimer le mois de naissance des jeunes.
C’est cette dernière possibilité qui permet de constater que les naissances sont plus précoces en Isère.
Pourquoi le rapport jeunes/adultes est-il si utile ?
Il donne une idée du succès de la reproduction de l’année. Selon le mode de gestion, il sert dès le début de la saison de chasse, pour ajuster les prélèvements, ou au printemps suivant, pour interpréter l’évolution des comptages. Il complète les comptages nocturnes, comme ceux menés en Loire-Atlantique.
Quelles limites ?
La méthode demande du matériel (étuve, balance de précision) et n’est pas immédiate : il faut attendre la fixation au formol. La précision dépend aussi du nombre de lièvres analysés : pour un échantillon d’une centaine d’animaux, l’intervalle de confiance sur la proportion de jeunes est d’environ plus ou moins 10 %, selon la même étude. D’où l’intérêt de séries longues, comme celle de l’Isère. D’autres méthodes existent, comme la palpation du cartilage de la patte ou la radiographie, que l’étude jugeait plus fiable que la palpation.
Comment les chasseurs contribuent-ils ?
Les données viennent des lièvres prélevés à la chasse : chaque œil collecté, quand la fédération organise la collecte, alimente la série. Pour en savoir plus sur l’espèce, voir notre fiche sur le lièvre d’Europe et l’actualité de la FDC38.
Sources
- FDC38 — « AG et tables rondes FDCI 2026 : la science au cœur des échanges » — 15 avril 2026 — chasse38.com
- Grandière D., Guitton J.-S. et al. — « La radiographie : plus fiable que la palpation pour déterminer l’âge des lièvres », Faune sauvage n° 286 (ONCFS) — novembre 2009 — ofb.gouv.fr (PDF)












