Les félins du Rajah

Né à Boston et formé à Paris, Edwin Lord Weeks est le premier artiste américain connu à visiter l’Inde. Cette peinture représente les préparatifs d’une expédition de chasse aux félins dans un palais à Ajmer, au Rajasthan.

L’œuvre date probablement du voyage qu’il fit dans cette région du nord-ouest de l’Inde. Tandis que le rajah descend les marches pour rejoindre sa monture, deux félins attendent sagement le départ de la chasse. 

La chasse au guépard était alors considérée comme aussi noble que la fauconnerie. Bien précieux d’une grande valeur, ces animaux sauvages – compagnons des princes et des sultans – étaient dressés pour monter à cheval derrière le cavalier à la fois pour parader et pour être lancés sur le gibier au commandement du chasseur. 

Aujourd’hui ces prédateurs dont l’habitat ne cesse de reculer, s’aventurent régulièrement dans la ville de Bombay en quête de nourriture.

Le Rajah partant à la chasse – 1885 – Edwin Lord Weeks (1849-1903) – Metropolitan museum, NYC

Pour en savoir plus : https://arthist.typepad.fr/artchasse_chasscrois/2022/01/les-felins-du-rajah.html

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Scènes de chasse dans Paris. C’est possible !

Saviez-vous que la chasse pouvait aussi être présente au détour d’une rue ou dans les allées d’un parc à Paris ?

En voici trois exemples.

La statue « Retour de chasse » se trouve dans le jardin des Tuileries à proximité de la rue de Rivoli et de l’avenue Lemonnier. C’est un bronze sculpté en 1888 par Antonin Carlès (1851-1919).

La « Harde de cerfs écoutant le rapproché » est une sculpture réalisée par Arthur Le Duc vers 1885. Vous pourrez la trouver dans le jardin du Luxembourg à Paris. Le groupe représente un cerf, une biche et un faon, entendant la meute.

Diane au cerf se trouve aussi dans les jardins du Luxembourg. On la trouve au sud du bassin, sur la pelouse dans l’axe du Palais. Elle est inspirée d’une statue antique.

Si vous êtes à Paris et que vous avez envie de voir encore plus de belles oeuvres liées à la chasse, il faut absolument aller visiter le musée de la chasse et de la nature de la Fondation Sommer.

—> Site du musée de la chasse et de la nature (Fondation Sommer – Paris)

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—> A Paris, le musée de la chasse fait peau neuve.

Perdrix et érotisme. Un tableau de Lucas Cranach.

Saviez-vous que la perdrix avait été associée à l’érotisme et à la tentation ? En voici un exemple avec ce tableau de Lucas Cranach décrypté par Anne Chevée.

Associées à l’image d’une femme nue, les perdrix peintes sur ce tableau du 16e siècle donnent un sens érotique au sujet. La jeune fille allongée est identifiée comme l’une des compagnes de Diane au vu de l’arc et du carquois accrochés aux branches de l’arbre voisin. Mais la nonchalance qu’elle affiche est trompeuse. Car si les perdrix installées à ses pieds symbolisent l’égarement sexuel et invitent à la luxure ; l’inscription qui la surmonte met en garde les intrus. « Ne trouble pas le sommeil de la nymphe de la source sacrée ; je me repose. »

Allusion à peine voilée aux châtiments terribles que la déesse de la chasse et ses compagnes, les nymphes, peuvent exercer à l’encontre de ceux qui perturbent leur intimité.

La nymphe de la source – 1545-1550 – Lucas Cranach le jeune – Courtesy of Metropolitan Museum of New York, USEn savoir + : https://arthist.typepad.fr/artchasse_chasscrois/

Anne Chevée est diplômée d’iconographie médiévale à l’université Paris Sorbonne et diplômée de l’École du Louvre en histoire des arts et muséologie. Elle est auteur d’un ouvrage superbe « Art et chasse » aux éditions du Gerfaut.

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—> Le roi du civet

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L’autre monarque des Highlands

Animal symbole de l’Écosse, le cerf a inspiré de nombreux artistes dont le peintre anglais Sir Edward Landseer. Voici une de ses oeuvres les plus poignantes.

Au 19e siècle, la passion de l’aristocratie britannique pour la chasse au cerf dans les Highlands entraina l’aménagement de domaines et la prolifération des cervidés dans cette région d’Écosse. L’expression deer forests désignait ainsi des terres appartenant à l’aristocratie écossaise mais vidées de leurs populations pour être louées par l’aristocratie britannique afin d’y chasser le cerf.

Le peintre anglais Sir Edward Landseer découvrit la région en 1824 sous l’influence des romans de Walter Scott. Devenu une personnalité importante de la société victorienne, invité à Balmoral, il composa plusieurs peintures pour la reine dont le célèbre Monarch of the Glen, portrait d’un splendide cerf dressé sur un fond montagneux incarnant l’Écosse britannique.

Sur cette autre œuvre de Landseer, la chasse est évoquée par la mise en scène de l’animal. Couché sur le flanc, langue pendante et fourrure rougie, le cerf mortellement blessé jette un regard poignant qui amplifie le pathétique du moment.

Cerf mourant  – 1830 – Sir Edward Landseer – Metropolitan Museum of Art, NY

Très appréciées sous l’ère victorienne, les multiples peintures de cerfs ont largement contribué à élaborer une mémoire collective partagée par l’Écosse et la monarchie britannique. Cette mémoire mise en place au 19e siècle a perduré et le cerf est toujours considéré comme l’un des emblèmes principaux de l’Écosse.

Pour en savoir + : https://arthist.typepad.fr/artchasse_chasscrois/

Une pâte et des ailes

Honneur au pâté en croûte, met de choix et maître des tables aristocratiques dès le Moyen-Âge. Grand classique du répertoire culinaire, cette composition culinaire complexe se reconnaît à son imposante pâte dorée, gardienne d’un temple protégeant des préparations très diverses.
Souvent associé au gibier, le pâté s’accompagne parfois d’une véritable mise en scène et devient la vedette des tables les plus raffinées. Plumes de faisan ou de paon reconstituent des volatiles tout autant appréciés pour leurs qualités esthétiques que pour la finesse de leur chair.
Arborant un magnifique panache de plumes, le beau pâté du peintre hollandais Pieter Claesz rivalise d’élégance avec les autres plats sur cette appétissante nature morte du 17ème siècle.

Pieter Claesz – Nature morte – 1627 – Courtesy of National Gallery – Washington

En savoir + (dont la recette actualisée du pâté de Chartres) : https://arthist.typepad.fr/artchasse_chasscrois/

LE ROI DU CIVET

Disposés près d’une soupière, les trophées d’une partie de chasse semblent attendre l’arrivée de la cuisinière. En France, on a longtemps privilégié le lièvre et le lapin de garenne au lapin de chou, c’est-à-dire le lapin d’élevage. Les gourmets considéraient en effet les « connins » sauvages comme bien meilleurs que leurs cousins de clapier et, au milieu du 18e siècle, le lièvre va devenir le roi du civet. Désormais servis dans une sauce liée avec le sang de l’animal, les morceaux de lièvre composent un plat qui devient alors emblématique de la gastronomie française. Mêlant fruits, légumes et gibier, cette nature morte témoigne du don de Jean-Baptiste Siméon Chardin (1699-1779) à traiter chaque matière en fonction de sa capacité à absorber ou à réfléchir la lumière : subtilité des poils du lièvre, éclat du métal de la soupière, moirure des pommes et des poires. Tapi dans l’angle gauche, le corps tendu d’un chat apporte une note de vie et laisse supposer que la chasse n’est peut-être pas tout à fait close.

Chat guettant une perdrix et un lièvre morts – Jean-Baptiste Siméon Chardin – vers 1728-1730 – Metropolitan Museum of Art, NYCPour en savoir + : https://arthist.typepad.fr/artchasse_chasscrois/

Chardin – nature morte – détail lièvre

Sens caché.

Reflet d’une réalité familière, la nature morte connait un véritable âge d’or au 17e siècle. Sa disposition dans une niche plaisait beaucoup car elle offrait la possibilité de représenter un monde en miniature.

Dans ce cadre de pierre, le peintre Nicolas de Largillierre suspend une pièce de gibier évoquant le corps du Christ supplicié tandis que quelques fruits font allusion à des valeurs chrétiennes. Les raisins suggèrent le vin et donc la communion, la grenade ouverte doit être interprétée comme un symbole de résurrection.

A la fois ornementales et propices à la méditation, les natures mortes ont connu une grande faveur auprès d’une clientèle aisée qui combinait ainsi plaisirs esthétiques et moralité.

Perdrix rouge dans une niche – entre 1680 et 1685 – Nicolas de Largillierre – CC0 Paris Musées / Musée des Beaux-Arts de la Ville de Paris, Petit Palais En savoir + : https://arthist.typepad.fr/artchasse_chasscrois/

Le chien de Toulouse-Lautrec

Par Anne Chevée

Né dans une famille d’aristocrates adepte de la chasse, le milieu d’Henri de Toulouse-Lautrec (1864-1901) a influencé ses premières peintures.

En 1881, il fréquente l’atelier de René Princeteau, peintre du cheval et de ce qu’il est convenu d’appeler la sporting life. Mais le jeune homme qui souffre d’une dégénérescence osseuse n’est plus en état de participer à cette vie active.Deux chutes consécutives ont provoqué des fractures. Âgé de quinze ans, Lautrec ne grandira plus. Il mesure un mètre cinquante-deux.

Àla suite de ces accidents, Henri de Toulouse-Lautrec se consacrera avec beaucoup d’application au dessin et à la peinture. Chevaux et chiens saisis dans la lumière deviennent ses premiers modèles.

Flèche, le chien de l’artiste – 1881 – National Gallery of Art, Washington

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Anne Chevée – Art&Chasse. Chassé-croisé  – Editions Gerfaut

Chasseur, peintre et beau parleur

Chasseur émérite, Gustave Courbet a peint de nombreuses scènes qui témoignent de sa passion pour l’exercice cynégétique.

En 1858, le peintre est à Francfort et participe à de grandes chasses à l’allemande. C’est probablement au retour de ce séjour qu’il compose cette toile aux vifs coloris mettant en scène l’abondance du gibier à l’issue d’une chasse à courre.

Volontiers généreux dans sa peinture, Courbet l’est aussi dans ses récits de chasse dont il relate sans modestie les détails à sa sœur « j’ai tué à la chasse dans les montagnes d’Allemagne un cerf énorme, un 12 cors, c’est-à-dire un cerf de 13 ans. C’est le plus grand que l’on ait tué en Allemagne depuis 25 ans […] C’est une histoire splendide. Toute la ville a été sur pied pendant un mois, les journaux s’en sont mêlés. »

Après la chasse – vers 1859 – Gustave Courbet – Courtesy of Metropolitan Museum of Art, NY

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Le prestige des armes

Par Anne Chevée

Au 17e siècle, malgré l’invention du fusil à silex, l’usage des armes à feu n’est pas encore très répandu pour tuer le gibier. On lui préfère les armes blanches ; l’épieu ou l’épée. Au siècle suivant, comme pour les fusils, la mise en valeur de l’épée signale l’identité du chasseur.

Généralement utilisée par le veneur pour servir les sangliers, seule la pointe était aiguisée tandis que le corps de la lame restait émoussé afin d’éviter les risques de blessure chez les chiens et les chevaux. Ce modèle très soigné a peut-être appartenu aux collections du prince-électeur de Bavière à Munich dans les années 1740.

Épée de chasse avec fourreau – Poignée attribuée à Joseph Deutschmann –  1740 – Courtesy of Metropolitan Museum of Art, NY.

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